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 précisions sur l'idée d'intentionnalisation

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Thomas
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Masculin Nombre de messages : 180
Age : 35
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Date d'inscription : 06/03/2007

MessageSujet: précisions sur l'idée d'intentionnalisation Mer 26 Déc - 23:50

Bonsoir

En révisant votre cours, je me pose les questions suivantes par rapport à l’intentionalisation.

 Est-ce que notre monde ne fonctionne pas selon l’intentionalisation ? Explication avec l’exemple donné au cours : Si nous rations notre examen, on donnera la faute au prof., on intentionalise donc le prof, qui a fait un examen trop difficile. Mais le prof., en nous faisons rater, il se dira, que l’étudiant a mal compris ou mal étudié, sans se poser la question si lui-même a peut-être mal donné cours, mal posé les questions, … Dans ce cas, le prof intentionalise donc aussi l’étudiant.

 Autre exemple : la société intentionalise-t-elle pas les délinquants pour son propre échec. La société se dit : « il a commis un délit/crime, il faut donc punir cette personne ». Le délinquant, de son côté, intentionalise la société en se disant : « c’est la société qui m’a poussée à passer à l’acte » … .

 D’autre part, je me suis aussi posé la question si on peut s’intentionaliser soi-même, en se donnant la faute pour quelque-chose dont on n’était pas responsable. P.ex. on roule en voiture et tout à coup on se rend compte que les freins de la voiture ne fonctionnent plus. La conséquence est que notre copilote est gravement blessé. On pourrait alors se dire : « j’aurais dû faire mieux attention », alors que manifestement on est innocent.

Finalement l’intentionalisation est omniprésente, et seul les objets et animaux n’intentionalisent pas, car ils ne réagissent pas en fonction de l’instinct de défense et de sympathie.

Merci d’avance pour votre réponse.
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christopheadam
Prof
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Nombre de messages : 526
Age : 46
Date d'inscription : 13/10/2007

MessageSujet: précisions sur l'idée d'intentionnalisation Jeu 27 Déc - 0:33

En réponse à Thomas :

Est-ce que notre monde ne fonctionne pas selon l’intentionalisation ? Explication avec l’exemple donné au cours : Si nous rations notre examen, on donnera la faute au prof., on intentionalise donc le prof, qui a fait un examen trop difficile. Mais le prof., en nous faisons rater, il se dira, que l’étudiant a mal compris ou mal étudié, sans se poser la question si lui-même a peut-être mal donné cours, mal posé les questions, … Dans ce cas, le prof intentionalise donc aussi l’étudiant.

On intentionnalise effectivement dans la vie de tous les jours mais dans vos deux exemples, c'est toujours de manière négative. Or, on peut aussi intentionnaliser de manière positive (dans l'instinct de sympathie en prêtant des traits positifs). Il faut aussi bien prendre en compte que l'intentionnalisation peut se porter sur des objets inanimés et non des sujets vivants comme vous et moi. C'est le cas de l'enfant qui dit que la table est méchante (exemple rapporté par Piaget).

Par ailleurs, l'idée de hasard peut aussi intervenir dans la désintentionnalisation : si vous ratez, ce n'est ni ma faute ni la vôtre mais celle à pas de chance! Vous n'avez pas eu de chance en tirant la question ou votre main n'a pas été heureuse (dans ce cas, on ré-intentionnalise malgré tout une partie du corps, soit la main mais ce n'est pas tout à fait vous quand même...).

Du reste, vous pouvez compter sur moi pour vous évaluer objectivement et sympathiquement, c'est-à-dire sans intentionnaliser qui que ce soit de manière négative et en considérant votre travail, la qualité de vos réponses et non qui vous êtes (un bon ou un mauvais étudiant).

 Autre exemple : la société intentionalise-t-elle pas les délinquants pour son propre échec. La société se dit : « il a commis un délit/crime, il faut donc punir cette personne ». Le délinquant, de son côté, intentionalise la société en se disant : « c’est la société qui m’a poussée à passer à l’acte » … .

Exemple très dialectique qui témoigne de votre bonne compréhension de la matière. Attention seulement à l'idée selon laquelle l'infraction et les règles de la justice pénale représentent un dépassement de la réaction instinctive de défense qui serait celle d'une pure vengeance expéditive détruisant le coupable. Vous retrouvez d'ailleurs la justification de l'acte dans le processus d'injustice subie chez De Greeff, comme dans votre exemple où le délinquant justifie son acte en mettant en cause la société (qui est un "autre" abstrait et global si vous voulez).

 D’autre part, je me suis aussi posé la question si on peut s’intentionaliser soi-même, en se donnant la faute pour quelque-chose dont on n’était pas responsable. P.ex. on roule en voiture et tout à coup on se rend compte que les freins de la voiture ne fonctionnent plus. La conséquence est que notre copilote est gravement blessé. On pourrait alors se dire : « j’aurais dû faire mieux attention », alors que manifestement on est innocent.

Oui, très juste, bon exemple que je reprendrai l'année prochaine! Il est tout de même intéressant que dans votre exemple vous court-circuitez les choses : on passe des freins défectueux au copilote gravement blessé... on ne parle pas de l'accident. De plus, le pilote n'apparaît pas aussi gravement blessé que son copilote. Ces taches aveugles, ces zones d'ombre, témoignent d'un mécanisme défensif en train de jouer dans la production de l'exemple lui-même. Mais, ça, je n'ai pas vu au cours!

Finalement l’intentionalisation est omniprésente, et seul les objets et animaux n’intentionalisent pas, car ils ne réagissent pas en fonction de l’instinct de défense et de sympathie.

Attention ici. Les animaux sont aussi soumis aux instincts en fonction de caractéristiques très précises : si l'animal rencontre un prédateur, il le reconnaîtra comme tel et s'en éloignera (instinct de défense), s'il rencontre un congénère plutôt pas mal, il s'en rapprochera (instinct de sympathie). En fait, si Debuyst a rapproché l'animal de l'homme (dans sa perspective éthologique), c'est justement pour montrer que nous partageons des caractéristiques communes. On pourrait dire que les instincts sont notre part d'animalité, laquelle existe chez tout homme. Pour être résolument humain, il nous faut dépasser ces réactions instinctives toujours présentes. La différence entre l'homme et l'animal, c'est que seul l'homme peut prendre conscience de ces réactions instinctives et prendre du recul par rapport à celles-ci. Chez l'animal, l'instinct est déclenché avec certaines caractéristiques objectives du stimulus : par exemple, l'odeur vous prévient si vous avez affaire à un ami ou un ennemi. La réponse instinctive est somme toute toujours la même : attaque ou fuite. Chez l'homme, la réponse est plus complexe car il prête des caractéristiques au stimulus (qui ne sont pas nécessairement présentes chez ce stimulus) mais qui justifient sa réaction. Par exemple, la victime m'a séduit et je l'ai violée, c'est de sa faute, elle portait une minijupe... ou, le portefeuille a attiré mon regard et je l'ai pris (alors que c'est lui et non le portefeuille qui est responsable du vol).

Voilà, seule votre conclusion était un peu hâtive, tout le reste me paraît fort bien compris (et d'ailleurs dépasser le niveau de compréhension satisfaisante).

Bien à vous et bon travail,

C.A.
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